أخبار وطنية Le Cheikh El Islam Sidi Mohamed Salah Ben Mrad et Tahar Hadded.. Par Moncef Ben Mrad
نشر في 08 فيفري 2022 (14:51)
Par Moncef Ben Mrad
Mon père Allah yerhmou est mort un 6 février et a été toujours critiqué pour son livre dans lequel il s'est attaqué à Tahar Hadded, Allah yerhmou.
Première remarque, les livres de Tahar Hadded comportent les germes d'un projet théorique moderniste sociétal et méritent tout le respect.
Le livre de mon père الحداد عل امرأة الحداد est une réponse aux menaces du congrès eucharistique qui s'est tenu à Carthage en 1931 et qui avait pour but de christianiser la Tunisie. Pour cela le livre de Tahar Hadded a été perçu par tous les cheikhs de la Zitouna comme faisant partie de cette menace globale qui visait toute la société et principalement les femmes qui sont les dépositrices de toutes les valeurs et d'une grande partie de la personnalité tunisienne.
A cette époque, Bourguiba, Allah yerhmou, avait la même approche que mon père.. Plus tard le grand Franz Fanon eut la même analyse. Il faut naturellement récuser avec force certains termes utilisés dans le livre الحداد ....mais à cette époque l'islam se sentait menacé dans son existence.
Deuxième remarque, mon père a bien lu le livre de Tahar Hadded et en cite des extraits. Ceux qui prétendent qu'il a RÉPLIQUÉ sans avoir lu Hadded sont soit des menteurs soit des perroquets (le livre est à la disposition des chercheurs).
Les critiques qui présentent le cheikh comme une personne ennemie de la femme puisqu'il s'est opposé à la pensée de Hadded, se trompent de bonne ou mauvaise foi, car DANS LA PRATIQUE il a soutenu, dès cette époque, VERS LES ANNEES 30, le droit de la femme à l'enseignement et à sa participation à la libération nationale.
La preuve ? Il a encouragé et soutenu l'action de sa fille LA LEGENDAIRE BCHIRA BEN MRAD ET DE SES AUTRES FILLES dans leur lutte émancipatrice. C'est Bchira, qui avant Bourguiba, et AVEC D'AUTRES FEMMES DANS TOUTES LES REGIONS DU PAYS qui ont commencé à se battre pour leurs droits bien avant Hadded et même Bourguiba.
L'HISTOIRE OFFICIELLE ET DE LA MAUVAISE FOI et même les médias, ont toujours minimisé le rôle des femmes dans le mouvement de leur propre libération comme si Bourguiba et Hadded ont été les libérateurs de la femme, ce qui est historiquement archi faux.
Tahar Hadded a été un grand visionnaire et Bourguiba, l'immense Bourguiba a osé institué le code du statut personnel. Mais dès 1924 Manoubia El Ouertani et Habiba El Menchari ont enlevé leur foulard en public alors que Bchira Ben Mrad, toujours soutenu par son père fondait à l'âge de 23 ans en 1936 (il fallait le faire) la première association feminine.
Comment traiter le cheikh de rétrograde alors qu'il a permis à TOUTES SES FILLES de sortir manifester, d'organiser des réunions avec les patriotes hommes et de ne JAMAIS PORTER LE VOILE DÈS 1936 ? Et comment a-t-il pu soutenir une rubrique femme dans sa revue CHEMS EL ISLAM qui fit de Bchira la première journaliste tunisienne ?
La grande différence entre Tahar Hadded et Cheikh el Islam Mohamed Salah Ben Mrad c'est que ce dernier considérait l'Islam comme une religion libératrice de la femme (droit aux études et à l'action politique et sociale) alors que Tahar Hadded estimait que la religion était un frein à cette émancipation.
Avant de conclure, faut il-rappeler que Cheikh Mohamed Salah Ben Mrad était l'ami de Moncef Bey qui l'avait designé Cheikh el Islam, qu'il avait exigé la libération de tous les détenus après les manifestations de 1938 et que LA FRANCE ET LE BEY LAMINE LE DESTITUERENT POUR SON PATRIOTISME en 1948.. Décision qui provoqua des manifestations à travers le pays.
Faut-il rappeler aussi qu'il fut un juge au service du droit et de la justice et qu'il emprisonna ceux qui cherchaient à le corrompre?
Faut-il rappeler enfin qu'il fut amateur de belles musiques en m'interprêtant au piano des partitions qui provoquaient les tempêtes de mer alors qu'on habitait face au rivage à Hammam-lif.
Allah yerhmou et yerham Tahar Hadded, Bourguiba et les MILLIERS DE FEMMES héroïnes qui avaient revendiqué leurs droits bien avant les hommes et parfois contre les barbares anciens et actuels.